“Je fais le mort” : retour à la comédie (policière) pour Jean-Paul Salomé [INTERVIEW]

15 ans après “Restons groupés”, le réalisateur Jean-Paul Salomé marque son grand retour à la comédie. “Je fais le mort” mêle intrigue policière et métaphore mordante et savoureuse du métier d’acteur. AlloCiné s’est entretenu avec Jean-Paul Salomé.

© Diaphana Distribution / Thibault Grabherr

 

 

AlloCiné : “Je fais le mort” marque votre retour à la comédie…

Jean-Paul Salomé : Il y a une période que j’avais envie de clore et que j’ai clos d’ailleurs : ces 10 années, entre Belphégor, Arsène Lupin et Les Femmes de l’ombre… trois grosses productions. C’était des films compliqués à faire, sur lesquels j’ai beaucoup appris, et qui correspondaient à des envies que j’ai eu.  C’est moi qui les ai initiés et voulu les faire. Ca n’a jamais été des commandes, je ne peux m’en prendre qu’à moi. J’ai eu envie à un moment donné de passer par ce type de films. Voilà, je l’ai fait. Puis, j’ai eu envie de passer à autre chose.  Je pense que Le Caméléon a été un premier pas, et celui-ci, un deuxième.

 

J’avais envie de traiter le sujet de “Je fais le mort” de cette manière là, via la comédie. De fait, depuis Restons groupés, je n’avais pas fait de comédie. Je me sentais plus à l’aise de renouer avec un type de cinéma comme ça, un type de production moins lourd, où les enjeux sont quand même moins importants, où il y a moins de pression, et de retrouver le plaisir de raconter une histoire plus simplement, d’être dans ce style de film.

 

 

Dans ce contexte plus délicat pour la comédie française, est-ce que le film n’a pas été, malgré tout, compliqué à monter ?

En ce moment, tous les films sont compliqués à faire. En même temps, on a eu de la chance que le budget soit raisonnable. Il y avait une cohérence économique entre le projet et sa production. On a aussi eu de la chance que le film soit une coproduction avec la Belgique, du fait que François Damiens soit l’acteur principal. On n’a pas eu à délocaliser le film. Donc ça s’est passé idéalement. Si on n’avait pas eu ce montage financier entre la France et la Belgique, ça aurait été beaucoup plus délicat.

 

© Diaphana Distribution

Le point de départ du film a était un article dans Libération. Pourtant, de prime abord, cet acteur qui fait le mort dans des reconstitutions n’est pas forcément un sujet de comédie…
Oui, c’est vrai. Maintenant, quand j’en parle, c’est comme si c’était évident que c’était une comédie. Alors que lhistoire de ces comédiens qui pour faire leurs heures aux Assédics acceptent de jouer des morts sur des scènes de crime, c’est de l’humour un peu noir !

 

On aurait pu tout à fait le traiter de manière beaucoup plus noire, beaucoup plus sordide, en faisant un polar un peu sanglant, un peu glauque. Mais je trouve que la métaphore du comédien devant jouer le mort, alors q’uil n’arrive plus à tourner, à s’exprimer, pour moi c’était quelque chose de l’ordre de la comédie italienne.

 

 

On peut y voir une sorte de mise en abyme du métier de comédien… Vous êtes vous inspiré d’expériences personnelles pour caricaturer certaines situations ?
C’est vrai qu’il y a le côté mise en abyme : les reconstitutions de scène de crime ressemblent à un petit tournage, peut être de court métragiste, avec la juge d’instruction qui fait la mise en scène, les comédiens qui jouent les rôles, les gendarmes qui font la régie ou l’assistanat. Il y a un photographe, là où nous avons un chef opérateur, et le greffier est le script-girl. J’ai eu envie de les travailler, les souligner. On sent toutes ces connections dans le film. On sent comme une métaphore du métier de comédien.

Après, oui, j’ai rencontré des comédiens un peu plus difficiles, parfois dans des petits rôles, des gens qui viennent pour une journée, qui ont peur, qui sont crispés, et qui sont assez comme ça, sur le fil, et peuvent être chiants ! Mais c’est l’expression d’un trac. Ça peut arriver.

Vous avez aussi des comédiens plus difficiles qui ont besoin de tas d’explication, mais on ne va pas remonter à la genèse de l’humanité pour leur expliquer le personnage ! Donc ça arrive. J’ai eu envie de le traiter avec un peu de moquerie, un peu d’humour, sans être méchant. Ca paraissait évident que ça ferait partie du projet.

© Diaphana Distribution

 

Lorsque vous nous aviez présenté le projet, au moment d’entamer le tournage, vous nous aviez indiqué que Géraldine Nakache et François Damiens avaient une envie commune de travailler ensemble…
Oui, quand François Damiens m’a donné son accord et que j’ai cherché à créer ce couple de comédie et que j’ai choisi Géraldine, je ne savais pas que Géraldine et lui se connaissaient et rêvaient de tourner ensemble. Ils n’avaient jamais trouvé le projet idéal.

 

C’était génial parce qu’ils se sont entendus comme larrons en foire comme on dit. Ça se sent. Il y a une vraie complicité, un vrai respect l’un de l’autre. Ils sont très différents, c’est comme Titi et Gros Minet ! Ca créé une sorte de couple improbable. Pour une comédie de ce type, ce sont des ingrédients nécessaires. Plus les choses sont rugueuses, moins les choses sont évidentes, plus il y a de surprises, mieux c’est.

 

 

Parlons de François Damiens qui a une personnalité étonnante, dont on ne sait jamais vraiment s’il plaisant ou est sérieux…

Ah oui, il m’a fait marcher! C’était au début. Après, j’ai commencé à le connaitre et je savais qu’il me racontait des craques. Il est d’un naturel confondant. Il n’a pas de barrière, ça peut aller loin.
Mais ça s’est super bien passé. Je sentais que, pour le côté professionnel, il avait besoin de sentir une liberté à l’intérieur d’un cadre précis. Je fixais les choses de manière à ce que ça ne parte pas dans tous les sens. Il y avait une liberté, où de temps en temps, par exemple lorsqu’il avait une petite idée de dialogue. Mais on restait très près du texte. Comme c’est une comédie policière, c’est extremement écrit. Le film ne pouvait pas fonctionner en impro.

Mais François Damiens a besoin de créer, ce que je peux comprendre. C’est un comédien qui est dans l’instinct, qui ne veut pas se sentir bridé. Sinon, je pense qu’il s’éteint. Ce n’est pas que ça l’énerve, c’est qu’il s’éteint et ne donne plus rien. Il donnait beaucoup et le film lui doit énormément.

Ce qui me fait plaisir pour l’instant dans la réaction des spectateurs, c’est que sans avoir perdu sa force de comique, il donne aussi autre chose. Le film le sert bien dans sa veine comique. Mais le personnage existe et est plus touchant qu’on ne pourrait le croire.

Je fais le mort

Propos recueillis par Brigitte Baronnet, à Paris, le 4 décembre 2013

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