Angioplastie et stents pour Bill Clinton : de quoi s'agit-il ?

L’ancien président démocrate américain a été opéré du coeur en urgence hier à New York, suite à la survenue de douleurs dans la poitrine. Les cardiologues ont effectué une angioplastie et posé deux stents au cours d’une intervention qui, semble-t-il, s’est bien passée. A quoi correspondent ces termes ? Pourquoi a-t-il fallu les effectuer en urgence ?

Le système cardiovasculaire de Bill Clinton a été depuis longtemps mis à rude épreuve : rythme de travail intensif depuis 40 ans, appétit immodéré pour la nourriture grasse, en particulier les frites (il avait même suggéré il y a quelques années à Mc Donald’s de faire frire ses pommes de terre dans de l’huile d’olive pour diminuer les risques…), activité physique irrégulière ou absente, stress intense pendant sa présidence, etc.
Principale conséquence possible de ces abus et épreuves quotidiennes, un taux de

cholestérol élevé, dans son cas en permanence au-dessus de 2 grammes pendant des années. Or les dépôts de cholestérol obstruent progressivement les artères (c’est l’

athérosclérose), en particulier celles du coeur (les coronaires). Cela peut se manifester par des douleurs dans le thorax (

angine de poitrine), d’abord à l’effort, puis au repos, et menacer la survie (risque d’

infarctus du myocarde). Cette athérosclérose prononcée a conduit à la réalisation chez Bill Clinton d’un quadruple

pontage coronarien en 2004 (reperméabilisation des artères qui nourrissent le coeur en créant un court-circuit vasculaire).

Depuis cette intervention, Bill Clinton a davantage surveillé son alimentation, a perdu du poids et a essayé de faire davantage d’exercice. Il s’est d’ailleurs parallèlement investi pour promouvoir la lutte contre l’obésité aux Etats-Unis, particulièrement répandue. Mais il a continué à multiplier les activités par le biais de sa Fondation, à sauter d’avion en avion aux quatre coins du monde sans se reposer. Les dernières semaines avaient été particulièrement éprouvantes en raison de son implication maximale en tant que coordinateur de l’aide américaine suite au séisme meurtrier d’Haïti.
Il s’est donc plaint à nouveau cette semaine de douleurs thoraciques (décrites comme une “gène dans la poitrine“), ce qui évoque une récidive d’obstruction des artères coronaires, en occurrence le blocage d’un de ses pontages, selon son cardiologue le Dr Schwarz.

L’angioplastie qui a été pratiquée, en urgence pour lever ce nouvel obstacle avant la survenue de complications, correspond à la montée d’un petit ballonnet par un cathéter (en général introduit au niveau de l’aine), jusqu’à l’artère obstruée. Le ballonnet est alors gonflé, ce qui désobstrue le vaisseau malade. Ensuite les cardiologues peuvent laisser en place un stent, une sorte de petit grillage métallique qui va empêcher la coronaire de se ré-obstruer une fois le ballonnet retiré. Ces étapes sont

visualisables sur notre animation.
Dans le cas de Bill Clinton, deux stents ont été posés sans complication apparente. Il a d’ailleurs déclaré à Barack Obama se sentir “en grande forme“ après l’intervention, qui n’est effectivement pas très lourde comparativement à un pontage, qui nécessite une anesthésie générale et l’ouverture chirurgicale du thorax. Ce geste est fréquemment pratiqué, il y a par exemple environ 1 million d’angioplasties par an aux Etats-Unis.
Cette intervention rappelle donc qu’un pontage ne débarrasse pas l’organisme de l’athérosclérose, cette maladie évolue sur plusieurs années et peut entraîner des récidives, même si le cholestérol est diminué par les médicaments et une meilleure hygiène de vie. Il est donc important de continuer à se faire surveiller après une première alerte, même si bien sûr la récidive n’est heureusement pas systématique.
Point plus positif, cet incident démontre que la vigilance sur les symptômes (en l’occurrence, la gène thoracique) peut être très utile, chaque minute comptant en cas d’incident cardiaque. Bill Clinton a en effet consulté rapidement après la survenue de symptômes, ce qui lui a peut-être évité une intervention plus lourde, des dommages cardiaques voire un infarctus.
“En pleine forme“, il s’est déjà levé, a fait quelques pas, plaisanté avec son cardiologue et pourrait même sortir de l’hôpital dès aujourd’hui, démontrant ainsi à quel point une pose de stents peut permettre de lever rapidement les douleurs et risques liés à un obstacle coronaire…
Jean-Philippe Rivière
Sources :
– “ Bill Clinton Has Procedure for Chest Pain“, The New York Times, 12 février 2010,

accessible en ligne
– “ Friends: Bill Clinton keeps ‘frenetic pace’“, CNN, 11 février 2010,

accessible en ligne
Photos :
– Bill, Hillary et Chelsea Clinton, mai 2008, copyright TANNEN MAURY/EPA/SIPA
– Bill Clinton faisant un jogging aux Tuileries, à PAris, en 2001, copyright ASLAN/HOUNSFIELD/SIPA

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